Le Secret Admirable du Très Saint-Rosaire, du Père Grignion de Montfort 3

24 Rose LA MEDITATION DES MYSTERES DU ROSAIRE EST UN GRAND MOYEN DE PERFECTION.

71. Les saints faisaient leur principale étude de la vie de Jésus-Christ, ils ont médité sur ses vertus et sur ses souffrances, et, par ce moyen, ils sont arrivés à la perfection chrétienne. Saint Bernanrd a commencé par cet exercice, qu'il a toujours continué. "Dès le commencement de ma conversion, dit-il, je fis un bouquet de myrrhe composé des douleurs de mon Sauveur; je mis ce bouquet sur mon coeur, pensant aux fouets, aux épines et aux clous de la passion. J'appliquai tout mon esprit à méditer tous les jours sur ces mystères". C'était aussi l'exercice des saints martyrs: nous admirons comment ils ont triomphé des plus cruels tourments. D'où pouvait venir cette admirable constance des martyrs, dit saint Bernard, sinon des plaies de Jésus-Christ, sur lesquelles ils faisaient leur plus fréquente méditation? Où était l'âme de ces généreux athlètes, lorsque leur sang coulait et que leur corps était broyé par les supplices? Leur âme était dans les plaies de Jésus-Christ et ces plaies les rendaient invincibles.

72. La très sainte Mère du Sauveur ne s'est occupée toute sa vie qu'à méditer sur les vertus et les souffrances de son Fils. Lorsqu'elle entendit les anges chanter à sa naissance leur cantique d'allégresse, lorsqu'elle vit les pasteurs l'adorer dans l'étable, son esprit fut rempli d'admiration et elle méditait toutes ces merveilles. Elle comparait les grandeurs du Verbe incarné à ses profonds abaissements; la paille et la crèche, à son trône et au sein de son Père; la puissance d'un Dieu, à la faiblesse d'un enfant; sa sagesse, à sa simplicité. La sainte Vierge dit un jour à sainte Brigitte: "Lorsque je contemplais la beauté, la modestie, la sagesse de mon Fils, mon âme était transportée de joie, et lorsque je considérais ses mains et ses pieds qu'on percerait avec des clous, je versais un torrent de larmes, le coeur me fendait de tristesse et de douleur".

73. Après l'Ascension de Jésus-Christ, la sainte Vierge passa le reste de sa vie à visiter les lieux que ce divin Sauveur avait sanctifiés par sa présence et par ses tourments. Là, elle méditait sur l'excès de sa charité et sur les rigueurs de sa passion. C'était encore l'exercicie continuel de Marie- Madeleine pendant les trente années qu'elle vécut dans la Sainte-Baume. Enfin saint Jerôme dit que c'était la dévotion des premiers fidèles. De tous les pays du monde ils venaient en Terre Sainte pour graver plus profondément dans leurs coeurs l'amour et le souvenir du Sauveur des hommes, par la vue des objets et des lieux qu'il avait consacrés par sa naissance, par ses travaux, par ses souffrances et par sa mort.

74. Tous les chrétiens n'ont qu'une foi, n'adorent qu'un Dieu, n'espèrent qu'une même félicité dans le ciel; ils ne connaissent qu'un médiateur qui est Jésus-Christ; tous doivent imiter ce divin modèle, et pour cela considérer les mystères de sa vie, de ses vertus et de sa gloire. C'est une erreur de s'imaginer que la méditation des vérités de la foi et des mystères de la vie de Jésus-Christ ne regarde que les prêtres, les religieux et ceux qui se sont retirés des embarras du monde. Si les religieux et les ecclésiastiques sont obligés de méditer sur les grandes vérités de notre sainte religion pour répondre dignement à leur vocation, les gens du monde y sont au moins autant obligés, à cause des dangers où ils sont tous les jours de se perdre. Ils doivent donc s'armer du fréquent souvenir de la vie, des vertus et des souffrances du Sauveur, que nous représentent les quinze mystères du saint Rosaire.

25 Rose RICHESSE DE SANCTIFICATION RENFERMEES DANS LES PRIERES
ET LES MEDITATIONS DU ROSAIRE.

75. Jamais personne ne pourra comprendre les richesses admirables de sanctification qui sont renfermées dans les prières et dans les mystères du saint Rosaire. Cette méditation des mystères de la vie et de la mort de Notre- Seigneur Jésus-Christ est, pour tous ceux qui en font usage, la source des fruits les plus merveilleux. Aujourd'hui, on veut des choses qui frappent, qui émeuvent, qui produisent dans l'âme des impressions profondes. Qu'y a-t-il au monde de plus émouvant que cette histoire merveilleuse de notre Rédempteur se déroulant à nos yeux en quinze tableaux nous rappelant les grandes scènes de la vie, de la mort et de la gloire du Sauveur du monde? Quelles prières sont plus excellentes et plus sublimes que l'Oraison dominicale et l'Ave de l'ange? Là sont renfermés tous nos désirs, tous nos besoins.

76. La méditation des mystères et des prières du Rosaire est la plus facile de toutes les oraisons, parce que la diversité des vertus, des états de Jésus-Christ que l'on étudie, récrée et fortifie merveilleusement l'esprit et empêche les distractions. Les savants trouvent dans ces formules la doctrine la plus profonde, et les petits, les instructions les plus familières. Il faut passer par cette méditation facile, avant de s'élever au degré le plus sublime de la contemplation. Telle est la pensée de saint Thomas d'Aquin, et le conseil qu'il nous donne, quand il dit qu'il faut s'exercer d'abord comme dans un champ de combat par l'acquisistion de toutes les vertus dont nous avons le parfait modèle dans les mystères du Rosaire; car c'est là, dit le savant Cajetan, que nous acquerrons l'union intime avec Dieu, sans laquelle la contemplation n'est qu'une illusion capable de séduire les âmes.

77. Si les faux illuminés de nos jours ou les quiétistes avaient suivi ce conseil, ils n'auraient pas fait de si terribles chutes, ni causé tant de scandales dans la dévotion. C'est une étrange illusion du démon de croire qu'on puisse faire des oraisons plus sublimes que celles du Pater et de l'Ave, en abandonnant ces divines oraisons qui sont le soutien, la force et la garde de l'âme. J'avoue qu'il n'est pas toujours nécessaire de les réciter vocalement et que la prière intérieure, en un sens, est plus parfaite que la vocale; mais je vous assure qu'il est très dangereux, pour ne pas dire pernicieux, de quitter de son propre mouvement la récitation du chapelet ou du Rosaire sous prétexte d'une plus parfaite union à Dieu. L'âme finement orgueilleuse, trompée par le démon du midi, fait tout ce qu'elle peut intérieurement pour s'élever au degré sublime des oraisons des saints, méprise et quitte pour cela ses anciennes manières de prier, bonnes pour les âmes du commun. Elle ferme d'elle-même l'oreille aux prières et au salut d'un ange et même à l'oraison qu'un Dieu a faite, pratiquée et commandée: "Sic orabitis: Pater noster" et Vous prierez ainsi, et, par là, elle tombe d'illusion en illusion, et de précipice en précipice.

78. Croyez-moi, mon cher confrère du Rosaire, voulez-vous arriver à un haut degré d'oraison sans pourtant l'affecter et sans tomber dans les illusions du démon si ordinaires aux personnes d'oraison, dites tous les jours, si vous pouvez, votre Rosaire entier ou du moins le chapelet. Y êtes-vous déjà arrivé par la grâce de Dieu, si vous voulez vous y conserver et y croître dans l'humilité, conservez la pratique du saint Rosaire, car jamais une âme qui dit son Rosaire tous les jours ne sera formellement hérétique ni trompée par le démon; c'est une proposition que je signerais de mon sang. Si cependant Dieu, par sa très grande miséricorde, vous attire au milieu de votre chapelet aussi puissammment que quelques saints, laissez-vous aller à son attrait, laissez Dieu opérer et prier en vous et y réciter le Rosaire à sa manière, et que celui-là vous suffise dans la journée. Mais si vous n'êtes que dans la contemplation active ou oraison ordinaire, de quiétude, de présence de Dieu et d'affection, vous avez encore moins de raison de quitter le Rosaire, et bien loin de reculer dans l'oraison et la vertu en le récitant, qu'au contraire, il vous sera un aide merveilleux et la véritable échelle de Jacob, où il y avait 15 échelons, par lesquels vous irez de vertu en vertu, de lumières en lumières, et arriverez facilement sans tromperie jusqu'à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ.

26 Rose 79. Gardez-vous bien d'imiter l'opiniâtreté de cette dévote de Rome dont les merveilles du Rosaire parlent tant. C'était une personne si dévote et si fervente qu'elle faisait confusion par sa sainte vie aux religieux les plus austères de l'Eglise de Dieu. Voulant consulter saint Dominique et s'étant confessée à lui, il lui imposa pour pénitence de dire un seul Rosaire et par conseil de le dire tous les jours. Elle s'excusa sur ce sujet et dit qu'elle a ses exercices réglés, qu'elle gagne tous les jours les stations de Rome, qu'elle porte la haire, le cilice, qu'elle prend la discipline plusieurs fois par semaine, qu'elle fait tant de jeûnes et autres pénitences. Saint Dominique la presse et represse à suivre son conseil, elle n'en veut rien faire; elle sort comme scandalisée du confessionnal de voir le procédé de ce nouveau directeur pour elle, qui lui voulait persuader une dévotion qu'elle ne pouvait goûter. Voilà qu'étant en oraison et ravie en extase, elle voit son âme obligée de paraître devant le Souverain Juge. Saint Michel met toutes ses pénitences et autres prières dans un bassin de la balance et de l'autre tous ses péchés et imperfections. Saint Michel hausse la balance, le bassin de ses bonnes oeuvres s'en va en l'air et ne peut contrepeser le bassin de ses péchés et imperfections. Tout alarmée, elle crie miséricorde, elle s'adresse à la sainte Vierge, son avocate, laquelle laissa tomber dans le bassin de ses bonnes oeuvres le seul Rosaire qu'elle avait dit pour pénitence, lequel fut si pesant qu'il contrepesa tous ses péchés aussi bien que toutes ses bonnes oeuvres. Elle fut reprise en même temps de la sainte Vierge de ce qu'elle avait refusé de suivre le conseil de son serviteur Dominique, de dire le saint Rosaire tous les jours. Etant revenue à elle-même, elle alla se jeter aux pieds de saint Dominique, lui raconta ce qui lui était arrivé, lui demanda pardon de son incrédulité, promit de dire le Rosaire tous les jours et arriva par ce moyen à la perfection chrétienne, et à la gloire éternelle. Apprenez de là, personnes d'oraison, la force, le prix et l'importance de cette dévotion du saint Rosaire avec la méditation des mystères.

80. Quoi de plus élevé en oraison que sainte Madeleine, qui était portée sept fois le jour par les anges au-dessus du Saint Pillon, laquelle avait été à l'école de Jésus-Christ et de sa sainte Mère, et, cependant, lorsqu'elle demandait un jour à Dieu un bon moyen pour s'avancer en son amour et arriver à la plus haute perfection, l'archange saint Michel vient de la part de Dieu lui dire qu'il n'en savait point d'autre que de considérer au milieu d'une croix, qu'il lui planta au devant de sa caverne, les mystères douloureux qu'elle avait vu opérer de ses propres yeux. Que l'exemple de saint François de Sales, ce grand directeur des âmes spirituelles de son siècle, vous oblige à vous rendre d'une si sainte confrérie, puis que, tout saint qu'il était, il s'obligea par voeu de le dire tout entier tous les jours autant de temps qu'il vivrait. Saint Charles Borromée le récitait aussi tous les jours et recommandait fort cette dévotion à ses prêtres et ecclésiastiques dans les séminaires et à tout son peuple. Le bienheureux Pie V, l'un des grands papes qui ait gouverné l'Eglise, récitait tous les jours le Rosaire. Saint Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence, saint Ignace, saint François Xavier, saint François de Borgia, sainte Thérèse, saint Philippe de Néri, pllusieurs autres grands hommes que je passe sous silence, ont excellé en cette dévotion. Suivez leurs exemples, vos directeurs en seraient bien aise, et s'ils sont informés des fruits que vous en pouvez retirer, ils vous y exciteront les premiers.

27 Rose 81. Pour vous animer encore davantage à cette dévotion des grandes âmes, j'ajoute que le Rosaire récité avec la méditation des mystères: 1 nous élève insensiblement à la connaissance parfaite de Jésus-Christ; 2 purifie nos âmes du péché; 3 nous rend victorieux de tous nos ennemis; 4 nous rend la pratique des vertus facile; 5 nous embrase de l'amour de Jésus-Christ; 6 nous enrichit de grâces et de mérites; 7 nous fournit de quoi payer toutes nos dettes à Dieu et aux hommes, et enfin, nous fait obtenir de Dieu toutes sortes de grâces.

82. La connaissance de Jésus-Christ est la science des chrétiens et la science du salut; elle surpasse, dit saint Paul, toutes les sciences humaines en prix et en excellence: 1 pour la dignité de son objet, qui est un Dieu homme, en présence duquel tout l'univers n'est qu'une goutte de rosée ou un grain de sable; 2 pour son utilité; les sciences humaines ne nous remplissent que de vent et de fumée de l'orgueil; 3 pour sa nécessité; car on ne peut être sauvé, si on n'a la connaissance de Jésus-Christ, et celui qui ignore toutes les autres sciences sera sauvé, pourvu qu'il soit éclairé de la science de Jésus-Christ. Heureux Rosaire qui nous donne cette science et connaissance de Jésus-Christ, en nous faisant méditer sa vie, sa mort et passion et sa gloire. La reine de Saba, admirant la sagesse de Salomon, s'écria: "Heureux vos domestiques et vos serviteurs qui sont toujours en votre présence et entendent les oracles de votre sagesse"; plus heureux les fidèles qui méditent attentivement la vie, les vertus, les souffrances et la gloire du Sauveur, parce qu'ils acquièrent par ce moyen, sa parfaite connaissance dans laquelle consiste la vie éternelle. Haec est vita aeterna.

83. La sainte Vierge a révélé au bienheureux Alain qu'aussitôt que saint Dominique prêcha le Rosaire, les pécheurs endurcis furent touchés et pleurèrent amèrement leurs crimes; les jeunes enfants même firent des pénitences incroyables, la ferveur fut si grande, partout où il prêchait le Rosaire, que les pécheurs changèrent de vie et édifièrent tout le monde par leurs pénitences et l'amendement de leur vie. Si vous sentez votre conscience chargée de quelques péchés, prenez votre Rosaire, en récitant une partie en l'honneur de quelques mystères de la vie, de la passion ou de la gloire de Jésus-Christ, et soyez persuadé que, pendant que vous méditerez et honorerez ces mystères, Il montrera ses plaies sacrées à son Père au ciel. Il plaidera pour vous et vous obtiendra la contrition et le pardon de vos péchés. Il dit un jour au bienheureux Alain: "Si ces misérables pécheurs récitaient souvent mon Rosaire, ils participeraient aux mérites de ma passion, et, comme leur Avocat, j'apaiserais la divine Justice".

84. Cette vie est une guerre et une tentation continuelles; nous n'avons pas à combattre des ennemis de chair et de sang, mais les puissances mêmes de l'enfer. Quelles armes prendrons- nous, pour les combattre, que l'oraison que notre grand Capitaine nous a enseignée, que la Salutation angélique, qui a chassé les démons, détruit le péché et renouvelé le monde, que la méditation de la vie, de la passion de Jésus-Christ, de la pensée de laquelle nous devons nous armer, comme nous ordonne saint Pierre, pour nous défendre des mêmes ennemis qu'il a vaincus et qui nous attaquent tous les jours. "Depuis que le démon, dit le cardinal Hugues, a été vaincu par l'humilité et la passion de Jésus-Christ, il ne se peut quasi attaquer à une âme armée de la méditation de ses mystères ou, s'il l'attaque, il en est vaincu honteusement". "Induite vos armaturam Dei (Eph 6,11).

85. Armez-vous donc de ces armes de Dieu, du saint Rosaire, et vous briserez la tête du démon, et demeurerez stables contre toutes ses tentations. C'est d'où vient que le Rosaire même matériel est si terrible au diable, et que les saints s'en sont servis pour l'enchaîner et le chasser des corps des possédés, comme plusieurs histoires rendent témoignage.

86. Un homme, dit le bienheureux Alain, ayant en vain tenté toutes sortes de pratiques de dévotion pour être délivré du malin esprit qui le possédait, s'avisa de mettre à son col son Rosaire, ce qui le soulagea, et ayant éprouvé que lorsqu'il l'ôtait de son cou, le démon le tourmentait cruellement, résolut de le porter au cou jour et nuit, ce qui chassa le diable pour toujours, ne pouvant supporter une si terrible chaîne. Le bienheureux Alain témoigne qu'il a délivré un grand nombre de possédés, en leur mettant ainsi le Rosaire au cou.

87. Le Révérend Père Jean Amât, de l'ordre de Saint- Dominique, prêchant le Carême dans un lieu de ce royaume d'Aragon, on lui amena une jeune fille possédée du démon; après l'avoir plusieurs fois exorcisée, mais en vain, il lui mit son Rosaire au cou, et aussitôt elle se mit à faire de cris et des hurlements épouvantables, disant: "Otez-moi, ôtez- moi ces grains qui me tourmentent". Enfin le père, par compassion pour la pauvre fille, lui ôta son Rosaire du cou. La nuit suivante, lorsque le Révérend Père était dans son lit à se reposer, les mêmes démons qui possédaient cette fille vinrent à lui, tout écumants de rage, pour se saisir de sa personne; mais avec son Rosaire qu'il tenait fortement à la main, malgré les efforts qu'ils firent pour le lui ôter, il les fouetta admirablement bien et les chassa en disant: "Sainte Marie, Notre-Dame du saint Rosaire, à mon aide!" Lorsque, le lendemain, il allait à l'église, il rencontra cette pauvre fille encore possédée; un des démons qui étaient en elle se mit à dire en se moquant de lui: "Ah! frère, si tu n'avais point eu ton Rosaire, nous t'aurions bien accommodé ". Alors le Révérend Père jette derechef son Rosaire au cou de la fille, disant: "Par les très sacrés noms de Jésus et de Marie, sa sainte Mère, et par la vertu du très saint Rosaire, je vous commande, esprits malins, de sortir de ce corps tout à l'heure"; aussitôt ils furent contraints d'obéir, et elle fut délivrée. Ces histoires nous marquent quelle est la force du saint Rosaire pour vaincre toutes sortes de tentations des démons et toutes sortes de péchés, parce que les grains bénits du Rosaire les mettent en fuite.

28 Rose 88. Saint Augustin assure qu'il n'y a point d'exercice si fructueux et si utile au salut que de penser souvent aux souffrances de Notre-Seigneur. Le bienheureux Albert le Grand, maître de saint Thomas, a su par révélation que le simple souvenir ou la méditation de la passion de Jésus-Christ est plus méritoire au chrétien que de jeûner pendant un an tous les vendredis au pain et à l'eau, ou de prendre la discipline jusqu'au sang toutes les semaines, ou de réciter tous les jours le psautier. Ah! Quel est, par conséquent, le mérite du Rosaire, qui fait mémoire de toute la vie et la passion de Notre-Seigneur? La sainte Vierge révéla un jour, au bienheureux Alain de la Roche, qu'après le saint sacrifice de la messe, qui est la première et la plus vive mémoire de la passion de Jésus- Christ, il n'y avait point de dévotion plus excellente et plus méritoire que le Rosaire, qui est comme une seconde mémoire et représentation de la vie et de la passion de Jésus-Christ.

89. Le Révérend Père Dorland rapporte que la sainte Vierge dit un jour au vénérable Dominique, chartreux, dévot du saint Rosaire, qui résidait à Trèves l'an 1481: "Toutes les fois qu'un fidèle récite le Rosaire avec les méditations des mystères de la vie et de la passion de Jésus- Christ, en état de grâce, il obtient pleine et entière rémission de tous ses péchés". Elle dit aussi au bienheureux Alain: "Sachez qu'encore qu'il y ait quantité d'indulgences données à mon Rosaire, j'y en ajouterai beaucoup davantage pour chaque cinquantaine à ceux qui le réciteront sans péché mortel, à genoux, dévotement, et quiconque persévèrera dans la dévotion du saint Rosaire avec ces articles et méditations, je lui obtiendrai, pour récompense de ce bon service, pleine rémission de la peine et de la coulpe de tous ses péchés à la fin de la vie. Et que cela ne te semble pas incroyable; il m'est facile, puisque je suis la Mère du Roi des cieux, qui m'appelle pleine de grâce, et, si j'en suis remplie, j'en ferai une ample effusion à mes chers enfants".

90. Saint Dominique était si bien persuadé de l'efficace et mérite du saint Rosaire qu'il ne donnait quasi point d'autre pénitence à ceux qu'il confessait, comme nous avons vu dans l'histoire que j'ai rapportée d'une dame romaine à qui il ne donna pour pénitence qu'un seul Rosaire. Les confesseurs devraient aussi, pour marcher sûrement sur les traces de ce grand saint, enjoindre aux pénitents le Rosaire, avec la réflexion sur les sacrés mystères, plutôt que d'autres pénitences qui ne sont pas d'un si grand mérite, ni si agréables à Dieu, ni si salutaires aux âmes pour les faire avancer dans la vertu, ni si efficaces pour les empêcher de tomber dans le péché, et de plus, en disant le Rosaire, on gagne quantité d'indulgences qui ne sont pas attachées à plusieurs autres dévotions.

91. "Certes, dit l'abbé Blosius, ce Rosaire, avec les méditations de la vie et de la passion, est très agréable à Jésus-Christ et à la sainte Vierge et très efficace pour obtenir toutes choses; nous le pouvons dire tant pour nous que pour ceux qui nous sont recommandés et pour toute l'Eglise. Recourons donc à la dévotion du saint Rosaire dans toutes nos nécessités, et nous obtiendrons infailliblement ce que nous demanderons à Dieu pour notre salut".

29 Rose 92. Il n'est rien de plus divin, selon la pensée de saint Denis, rien de plus noble ni de plus agréable à Dieu, que de coopérer au salut des âmes et de renverser les machines du démon qui tâche de les perdre. C'est le motif qui a fait descendre le Fils de Dieu en terre. Il avait ruiné l'empire de Satan par la fondation de l'Eglise, mais ce tyran avait repris ses forces et exercé une cruelle violence sur les âmes des Albigeois, par les haines, les dissensions et par les vices abominables qu'il faisait régner dans le monde dans le onzième siècle. Quel remède à ces grands désordres, comment abattre les forces de Satan? La sainte Vierge, protectrice de l'Eglise, n'a point donné de moyen plus efficace pour apaiser la colère de son Fils, pour extirper l'hérésie et réformer les moeurs des chrétiens que la confrérie du saint Rosaire, comme l'effet l'a vérifié. Il a renouvelé la charité, la fréquentation des sacrements des premiers siècles d'or de l'Eglise, réformé les moeurs des chrétiens.

93. Le pape Léon X dit en sa bulle que cette confrérie a été fondée en l'honneur de Dieu et de la sainte Vierge comme un mur pour arrêter les malheurs qui allaient fondre sur l'Eglise. Gregoire XIII dit que le Rosaire a été donne du ciel comme un moyen pour apaiser la colère de Dieu et implorer l'intercession de la sainte Vierge. Jules 3 dit que le Rosaire a été inspiré pour nous ouvrir plus facilement le ciel, par les faveurs de la sainte Vierge. Paul III et le bienheureux Pie V déclarent que le Rosaire a été établi et donné aux fidèles pour se procurer plus efficacement le repos et la consolation spirituelle. Qui négligera d'entrer en une confrérie instituée pour des fins aussi nobles?

94. Le Père Dominique, chartreux, fort dévot au Rosaire, vit un jour le ciel ouvert et toute la cour céleste rangée en un ordre admirable et entendit chanter le Rosaire, d'une mélodie ravissante, honorant à chaque dizaine un mystère de la vie, de la passion et de la gloire de Jésus-Christ et de la sainte Vierge. Et il remarqua que quand ils prononçaient le sacré nom de Marie, ils faisaient tous une inclination de la tête, et à celui de Jésus, ils faisaient tous une génuflexion et rendaient grâces à Dieu des grands biens qu'il a faits au ciel et en la terre par le saint Rosaire. Il vit aussi la sainte Vierge et les saints présenter à Dieu les Rosaires que les confrères récitent en terre, et prient pour ceux qui pratiquent cette dévotion; il vit encore d'innombrables couronnes, de très belles et odoriférantes fleurs, préparées pour ceux qui récitent dévotement le saint Rosaire, et qu'autant de fois qu'ils le récitent ils se font une couronne dont ils seront parés au ciel. La vision de ce dévot chartreux est conforme à la vision qu'eut le disciple bien-aimé, dans laquelle il vit une multitude innombrable d'anges et des saints, qui louaient et bénissaient Jésus-Christ pour tout ce qu'il a fait et souffert dans ce monde pour notre salut; n'est-ce pas ce que font les dévots confrères du Rosaire?

95. Il ne faut pas s'imaginer que le Rosaire soit seulement pour les femmes, et les petits et les ignorants; il est aussi pour les hommes, et les plus grands hommes. D'abord que saint Dominique eut rendu compte au pape Innocent III de l'ordre qu'il avait reçu du ciel, d'établir cette sainte confrérie, le Saint-Père l'approuva, exhorta saint Dominique à le prêcher et il voulut y être associé. Les cardinaux mêmes l'embrassèrent avec une grande ferveur, en sorte que Lopez avance ces paroles: "Nullum sexum, nullam aetatem, nullam conditionem ab oratione rosarii subtraxit se". Ainsi on remarque, dans cette confrérie, toutes sortes de personnes: des ducs, des princes, des rois, aussi bien que des prélats, des cardinaux, souverains pontifes, dont le dénombrement serait trop long pour cet abrégé; et vous mettant, cher lecteur, en cette confrérie, vous aurez part à leur dévotion et leurs grâces sur la terre et à leur gloire dans le ciel. "Cum quibus consortium vobis erit devotionis, erit et communio dignitatis".

30 Rose 96. Si les privilèges, les grâces et les indulgences rendent une confrérie recommandable, on peut dire que celle du Rosaire est la plus recommandable de l'Eglise, puisqu'elle est la plus favorisée et enrichie d'indulgences, et il n'y a presque point de papes depuis son institution qui n'aient ouvert les trésors de l'Eglise pour la gratifier; et comme l'exemple persuade mieux que les paroles et les bienfaits, les Saints Pères n'ont pu mieux marquer l'estime qu'ils faisaient de cette sainte confrérie qu'en s'y associant eux-mêmes. Voici un petit abrégé des indulgences que les Souverains Pontifes ont entièrement accordées à la confrérie du Saint Rosaire, confirmées de nouveau par notre Saint-Père le pape Innocent 11e le 31 juillet 1679, reçues et permises d'être publiées par monseigneur l'archevêque de Paris le 25 septembre de la même année: 1 Pour le jour de l'entrée dans la confrérie: indulgence plénière; 2 Pour l'article de la mort: indulgence plénière; 3 Pour chacun des trois chapelets du Rosaire récités: dix ans et dix quarantaines d'indulgences; 4 Pour chaque fois qu'ils prononceront dévotement les saints noms de Jésus et de Marie; sept jours d'indulgences; 5 Pour ceux qui assisteront dévotement à la procession du saint Rosaire: sept ans et sept quarantaines d'indulgences; 6 A ceux qui, vraiment pénitents et confessés, visiteront la chapelle du Rosaire dans l'église où elle est établie, les premiers dimanches de chaque mois et les fêtes de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge: indulgence plénière; 7 A ceux qui assistent au Salve Regina: cent jours d'indulgence; 8 A ceux qui dévotement et pour montrer exemple portent ouvertement le saint Rosaire; cent jours d'indulgences; 9 Aux confrères malades, qui ne pourront venir à l'église, étant confessés et communiés, réciteront le jour le saint Rosaire ou du moins le chapelet: indulgence plénière au jour marqué pour la gagner; 10 Les Saints-Pères, par une grande libéralité envers les confrères du saint Rosaire, leur ont donné la faculté de gagner les indulgences des stations de Rome, visitant cinq autels, en recitant devant chacun cinq fois le Pater et l'Ave, pour l'heureux état de l'Eglise. S'il n'y a qu'un autel ou deux dans cette église, où est le Rosaire établi, ils réciteront 25 fois le Pater et l'Ave devant cet autel.

97. Grande faveur pour les confrères du saint Rosaire, parce que dans les églises des stations de Rome, il y a des indulgences plénières, des délivrances d'âmes du purgatoire et plusieurs autres grandes rémissions que les confrères peuvent gagner sans peine, sans frais, sans sortir de leurs pays; et même, si la confrérie n'est pas établie dans le lieu où demeurent les confrères, ils gagneront lesdites indulgences, visitant cinq autels de quelque église que ce soit, par la concession de Léon dixième. Voici les jours auxquels ils les peuvent gagner, déterminés et fixés, pour ceux qui sont hors la ville de Rome, par un décret de la Sacrée Congrégation établié pour les indulgences, approuvé par notre Saint-Père le 7 mars 1678, qui a ordonné qu'il sera inviolablement observé: Tous les dimanches de l'Avent; les trois jours des Quatre-Temps; la vigile de Noël, aux messes de minuit, de l'aurore et du jour; les fêtes de saint Etienne, de saint Jean l'Evangéliste, et des Innocents, de la Circoncision et des Rois; les dimanches de la Septuagésime, Sexagésime, Quinquagésime et, depuis le jour des Cendres, tous les jours, jusqu'au dimanche de la Quasimodo inclusivement; les trois jours des Rogations; le jour de l'Ascension; la vigile de la Pentecôte, et tous les jours de l'octave et les trois jours de Quatre-Temps de septembre. Cher confrère du Rosaire, il y a un grand nombre d'autres indulgences. Si vous les voulez voir, lisez le sommaire des indulgences accordées aux confrères du Rosaire. Vous y verrez les noms des papes, l'année et plusieurs autres particularités que cet abrégé ne souffre pas.

QUATRIEME DIZAINE

L'excellence du saint Rosaire dans les merveilles que Dieu a opérées en sa faveur.

31 Rose 98. Saint Dominique étant allé visiter sainte Blanche, reine de France, qui, depuis 12 ans qu'elle était mariée, n'avait point eu d'enfants, et donc elle était fort affligée, lui conseilla de dire son Rosaire tous les jours, pour obtenir cette grâce du diel, ce qu'elle fit, et elle accoucha, l'an 1213, de son aîné qui fut appelé Philippe. Mais la mort l'ayant ravi en son berceau, la dévote reine eut plus que jamais recours à la sainte Vierge et elle fit distribuer quantité de Rosaires à toute la cour et dans plusieurs villes du royaume, afin que Dieu la comblât d'une entière bénédiction. Ce qui arriva ainsi, car l'an 1215 saint Louis vint au monde, la gloire de la France et le modèle des rois chrétiens.

99. Alphonse huitième, roi d'Aragon et de Castille, fut, à cause de ses péchés, châtié de Dieu en plusieurs manières et il fut contraint de se retirer dans une ville de l'un de ses alliés. Saint Domnique, se rencontrant en cette même ville le jour de Noël, y prêcha à son ordinaire le Rosaire et les grâces que l'on obtient de Dieu par cette dévotion et dit, entre autres choses, que ceux qui le réciteraient dévotement obtiendraient la victoire de leurs ennemis et recouvreraient tout ce qu'ils avaient perdu. Le roi remarque bien ces paroles, envoie quérir saint Dominique et lui demande si ce qu'il avait prêché du saint Rosaire était véritable. Le saint répondit qu'il n'en fallait point douter et lui promit que s'il voulait pratiquer cette dévotion et s'enrôler en la confrérie, il en verrait les effets. Le roi se résolut à réciter tous les jours le Rosaire, et il continua pendant un an, et le même jour de Noël, ayant récité son Rosaire, la sainte Vierge lui apparut et lui dit: "Alphonse, il y a un an que tu me sers dévotement par mon Rosaire, je viens te récompenser. Sache que j'ai obtenu de mon Fils le pardon de tous tes péchés; voilà un rosaire que je te donne; porte-le sur toi, et jamais aucun de tes ennemis ne te pourra nuire". Elle disparut et laissa le roi fort consolé; il s'en retourna, tenant ce rosaire à la main et, abordant la reine, il lui raconta tout joyeux la faveur qu'il venait de recevoir de la sainte Vierge; il lui toucha les yeux de ce rosaire, elle recouvra la vue qu'elle avait perdue. Quelque temps après, le roi, ayant ramassé quelques troupes, avec l'aide de ses alliés, attaqua hardiment ses ennemis, les obligea de rendre ses terres, de réparer ses dommages, les chassa entièrement et devint si heureux en guerre que de tous côtés il lui venait des soldats pour combattre sous ses enseignes, parce que les victoires semblaient suivre partout ses batailles. Il ne s'en faut pas étonner, car il ne livrait jamais de combats qu'après avoir récité son Rosaire à genoux; il faisait recevoir dans la confrérie du saint Rosaire toute sa cour et il obligeait ses officiers et domestiques d'y être dévots. La reine s'y engagea aussi, et tous deux persévérèrent au service de la sainte Vierge et vécurent en grande piété.

32 Rose (B. Alain, c.53) 100. Saint Dominique avait un cousin nommé dom Perez ou Pedro, qui menait une vie fort dissolue. Ayant entendu que le saint prêchait les merveilles du saint Rosaire et que plusieurs se convertissaient et changeaient de vie par ce moyen, il dit: "J'avais perdu l'espérance de mon salut, mais je commence à prendre courage, il faut que j'entende cet homme de Dieu". Il vint donc un jour au sermon de saint Dominque. Quand le saint le vit, il redoubla sa ferveur à tonner contre les vices, et il pria Dieu dans son coeur d'ouvrir les yeux de son cousin pour connaître l'état misérable de son âme. Dom Perez fut d'abord un peu effrayé; mais il ne résolut pas de se convertir; il retourna une autre fois au sermon et le saint, voyant que ce coeur endurci ne se convertissait pas sans quelque coup extraordinaire, il cria tout haut: "Seigneur Jésus, faites voir à toute cette audience l'état où est celui qui vient d'entrer en votre maison". Alors tout le peuple vit dom Pérez environné d'une troupe de diables en forme de bêtes horribles qui le tenaient lié avec des chaînes de fer. Chacun s'enfuit tout effrayé qui de- çà, qui de-là, et lui fut encore plus épouvanté de se voir l'objet de l'horreur de tout le monde. Saint Dominique les fit tous arrêter et dit à ce seigneur: "Connaissez, malheureux, l'état déplorable où vous êtes; jetez-vous aux pieds de la sainte Vierge". Il lui envoya un rosaire. "Prenez ce rosaire, récitez-le avec dévotion et repentance de vos péchés et faites résolution de changer de vie". Il se mit à genoux, récita le Rosaire; il se sentit inspiré de se confesser, ce qu'il fit avec une grande contrition. Le saint lui ordonna de dire tous les jours le saint Rosaire; il promit de le faire; il écrivit lui-même son nom dans la confrérie. Son visage, qui auparavant avait effrayé tout le monde, parut, sortant de l'église, brillant comme celui d'un ange. Il persévéra dans la dévotion du Rosaire, mena une vie fort réglée et mourut heureusement.

33 Rose 101. Saint Dominique, prêchant près de Carcassone le saint Rosaire, on lui amena un hérétique albigeois possédé par le démon. Le saint l'exorcisa en présence d'une grande multitude de peuple; on tient qu'il y avait plus de douze mille hommes à l'entendre. Les démons, qui possédaient ce pauvre misérable, étant obligés de répondre malgré eux aux interrogations que le saint leur faisait, dirent: [1.] Qu'ils étaient quinze mille dans le corps de ce misérable, parce qu'il avait attaqué les quinze mystères du Rosaire; 2. Que, par le Rosaire qu'il prêchait, il mettait la terreur et l'épouvante dans tout l'enfer, et qu'il était l'homme du monde qu'ils haïssaient davantage à cause des âmes qu'il leur enlevait par la dévotion du Rosaire; 3. Ils révélèrent plusieurs autres particularités. Saint Dominique, ayant jeté son rosaire au cou du possédé, leur demanda qui, de tous les saints du ciel, ils craignaient davantage et devait être plus aimé et honoré des hommes. A cette interrogation, ils firent des cris si épouvantables que la plupart des auditeurs, saisis d'effroi, tombèrent par terre. Ensuite, ces malins esprits, pour ne pas répondre, pleurèrent et se lamentèrent d'une manière si pitoyable, si touchante, que plusieurs des assistants en pleurèrent eux-mêmes, par une pitié naturelle. Ils disaient par la bouche du possédé d'un ton de voix lamantable: "Dominique, Dominique, aie pitié de nous, nous te promettons que nous ne te nuirons jamais. Toi qui as tant pitié des pécheurs et misérables, aie pitié de nous, misérables. Hélas, nous souffrons, pourquoi prends-tu plaisir à augmenter nos peines? Contente-toi des peines que nous endurons. Miséricorde! miséricorde! miséricorde!"

102. Le saint, sans être touché des paroles tendres de ces esprits malheureux, leur répondit qu'il ne cesserait de les tourmenter jusqu'à ce qu'ils eussent répondu à la question. Les démons lui dirent qu'ils y répondraient, mais en secret et à l'oreille, et non pas devant tout le monde. Le saint incite et leur commande de parler et répondre tout haut. Les diables ne voulurent plus dire mot, quelque commandement qu'il leur fit. Il se mit à genoux et fit cette prière à la sainte Vierge: "O excellentissima Virgo Maria, per virtutem psalterii et rosarii tui, compelle hos humani generis hostes questioni meae satisfacere. - O très sainte Vierge Marie, par la vertu du saint Rosaire, ordonnez à ces ennemis du genre humain de répondre à ma question". Cette prière étant faite, voilà qu'une flamme ardente sortit des oreilles, des narines et de la bouche du possédé, qui fit trembler tout le monde, mais cependant qui ne fit de mal à personne. Alors les diables s'écrièrent: "Dominique, nous te prions, par la passion de Jésus-Christ et par les mérites de sa sainte Mère et de tous les saints, que tu nous permettes de sortir de ce corps sans rien dire; car les anges, quand tu le voudras, te le révèleront. Ne sommes-nous pas des menteurs? Pourquoi veux-tu nous croire? Ne nous tourmente pas davantage, aie pitié de nous". "Malheureux que vous êtes, indignes d'être exaucés", dit saint Dominique, qui, se mettant encore à genoux, fit sa prière à la sainte Vierge: "O Mater sapientiae dignissima et de cujus salutatione quomodo illa fieri debeat jam edoctus est populus; pro salute populi circunstantis rogo: Coge hosce tuos adversarios, ut plenam et sinceram veritatem palam hic profiteantur". Il n'eut pas plus tôt fini sa prière, qu'il vit la sainte Vierge auprès de lui, entourée d'une grande multitude d'anges, qui, avec une verge d'or qu'elle tenait à la main, frappait le démoniaque en lui disant: "Réponds à mon serviteur Dominique, selon sa demande". Il faut remarquer que le peuple n'entendait ni ne voyait point la sainte Vierge; il n'y avait que saint Dominique.

103. Alors les démons commencèrent à s'écrier en disant: "O inimica nostra, ô nostra damnatrix, ô nostra inimica, ô nostra domnatrix, ô confusio nostra, quare de coelo descendisti, ut nos hic ita torqueres? Per te quae infernum evacuas et pro peccatoribus tanquam potens advocata exoras; ô Via coeli certissima et securissima, cogimur sine mora et intermissione ulla, nobis quamvis invitis, et contra nitentibus, totam rei proferre veritatem. Nunc declarandum nobis est simulque publicandum ipsum medium et modus quo ipsimet confundamur, unde vae et maledictio in aeternum nostris tenebrarum principibus. Audite igitur vos, christiani. Haec christi Mater potentissima est in preservandis suis servis quominus precipites ruant in baratrum nostrum inferni. Illa est quae dissipat et enervat, ut sol, tenebras omnium machinarum et astutiarum nostrarum, detegit omnes fallacias nostras et ad nihilum redegit omnes nostras tentationes. Coactique fatemur neminem nobiscum damnari qui ejus sancto cultui et pio obsequio devotus perseverat. Unicum ipsius suspirum, ab ispa et per ipsam sanctissimae Trinitati oblatum, superat et excedit omnium sanctorum preces, atque pium et sanctum eorum votum et desiderium, magisque eum formidamus quam omnes paradisi sanctos; nec contra fideles ejus famulos quidquam praevalere possumus. Notum sit etiam vobis plurimos christianos in hora mortis ipsam invocantes contra nostra jura salvari, et nisi Marietta illa obstitisset nostrosque conatus repressisset, a longo jam tempore totam Ecclesiam exterminassemus, nam saepissime universos Ecclesiae status et ordines a fide deficere fecissemus. Imo planius et plenius vi et necessita compulsi, adhuc vobis dicimus, nullum in exercitio Rosarii sive psalterii ejus perseverantem aeternos suis veram impetrat contritionem qua fit ut peccata sua confiteantur, et eorum indulgentiam a Deo consequantur."

104. C'est-à-dire en français: "O notre ennemie, ô notre ruine, ô notre confusion, pourquoi êtes-vous venue exprès du ciel pour nous tourmenter si fort? Faut-il que, malgré nous, ô avocate des pécheurs qui les retirez des enfers, ô chemin très assuré du paradis, nous soyons obligés de dire toute la vérité? Faut-il que nous confessions devant tout le monde ce qui sera la cause de notre confusion et de notre ruine? Malheur à nous, malheur à nos princes des ténèbres. Ecoutez donc, chrétiens. Cette Mère de Jésus-Christ est toute puissante pour empêcher que ses serviteurs ne tombent en enfer; c'est elle qui, comme un soleil, dissipe les ténèbres de nos mines, qui rompt nos pièges et rend toutes nos tentations inutiles et sans effet. Nous sommes contraints d'avouer qu'aucun de ceux qui persévèrent dans son service n'est damné avec nous. Un seul de ses soupirs, qu'elle offre à la Sainte-Trinité, surpasse toutes les prières, les voeux et les désirs de tous les saints. Nous la craignons plus que tous les bienheureux ensemble et nous ne pouvons rien contre ses fidèles serviteurs. Plusieurs chrétiens mêmes qui l'invoquent à la mort, et qui devraient selon nos lois ordinaires être damnés, sont sauvés par son intercession. Ah! si cette Mariette (c'est ainsi que leur rage la faisait appeler) ne s'était opposée à nos desseins et à nos efforts, nous aurions depuis longtemps renversé et détruit l'Eglise et fait tomber tous ses ordres dans l'erreur et l'infidélité. Nous protestons de plus, par la violence qu'on nous fait, qu'aucun de ceux qui persévèrent à dire le Rosaire n'est damné; car elle obtient à ses dévots serviteurs une vraie contrition de leurs péchés par laquelle ils en obtiennent le pardon et l'indulgence". Alors saint Dominique fit réciter le Rosaire à tout le peuple, fort lentement et dévotement, et, à chaque Ave Maria que le saint et le peuple récitaient (chose étonnante), il sortait du corps de ce malheureux une grande multitude de démons, en forme de charbons ardents. Les démons étant tous sortis et l'hérétique fut tout à fait délivré, la sainte Vierge donna, quoique invisiblement, sa bénédiction à tout le peuple, qui en ressentit une joie très sensible. Ce miracle fut cause qu'un grand nombre d'hérétiques se convertirent et se mirent de la confrérie du saint Rosaire.

34 Rose (B. Alain, 2e p., c.17) 105. Qui pourrait raconter les victoire que Simon, comte de Montfort, a remportées sur les Albigeois sous la protection de Notre-Dame du Rosaire? Elles sont si fameuses que le monde n'en a jamais vu de pareilles. Il défit une fois dix mille hérétiques avec cinq cents hommes; une autre fois, avec trente, il demeura vainqueur de trois mille; ensuite avec huits cents cavaliers et mille hommes d'infanterie, il tailla en pièces l'armée du roi d'Aragon, composée de cent mille hommes, sans perdre qu'un seul cavalier et huit soldats des siens.

106. De quels dangers la sainte Vierge a-t-elle délivré Alain de l'Anvallay, chevalier breton, qui combattait pour la foi contre les Albigeois! Un jour, étant environné de ses ennemis de tous côtés, la sainte Vierge lança contre eux cent cinquante pierres et le délivra de leurs mains. Un autre jour, son vaisseau ayant fait naufrage et étant près d'abîmer, cette bonne Mère lui fit paraître cent cinquante petites collines par sur lesquelles il aborda en Bretagne. Et en mémoire des miracles que la sainte Vierge avait faits en sa faveur à cause d'un Rosaire qu'il récitait tous les jours, il prépara un couvent à Dinan pour loger les religieux du nouvel ordre de saint Dominique et, s'étant fait religieux, il mourut saintement à Orléans.

107. Othère, de même soldat breton de Vaucouleurs, a souvent mis en fuite des compagnies entières d'hérétiques et de voleurs, portant son rosaire au bras et à la garde de son épée. Ses ennemis, après avoir été vaincus, lui ont avoué qu'ils avaient vu son épée toute éclatante et une fois un bouclier à son bras, dans lequel Jésus-Christ, la sainte Vierge et les saints étaient dépeints, le rendaient invincible et lui donnaient la force de bien charger. Une fois, avec dix compagnies, il défit vingt mille hérétiques sans perdre un seul des siens, ce qui toucha tellement le général de l'armée hérétique, qu'il vint trouver Othère, abjura son hérésie et déclara qu'il l'avait vu couvert d'armes de feu dans le combat.

35 Rose (B. Alain, 4e p. c 40) 108. Le bienheureux Alain rapporte qu'un cardinal nommé Pierre, du titre de Sainte-Marie delà le Tibre, instruit par saint Dominique, son ami intime, de la dévotion au saint Rosaire, s'y affectionna tellement qu'il en devint le panégyriste et le persuadait à tous. Le cardinal fut envoyé légat dans la Terre Sainte vers les chrétiens qui étaient croisés contre les Sarrasins. Il persuada si bien l'efficace du Rosaire à l'armée chrétienne que tous l'ayant embrassé pour implorer le secours du ciel dans un combat, où ils n'étaient que trois mille, ils triomphèrent de cent mille. Les démons, comme nous avons vu, craignaient infiniment le Rosaire. Saint Bernard dit que la Salutation angélique leur donne la chasse et fait frémir l'enfer. Le bienheureux Alain assure qu'il a vu plusieurs personnes, qui s'étaient livrées au diable corps et âme, en renonçant au baptême et à Jésus- Christ, et puis, après avoir pris la dévotion du saint Rosaire, ont été délivrés de sa tyrannie.

36 Rose 109. L'an 1578, une femme d'Anvers s'était donnée au démon par une cédule signée de son sang. Quelque temps après, elle en eut un sensible regret et un grand désir de réparer le mal qu'elle avait fait. Elle chercha un confesseur prudent et charitable, pour savoir par quel moyen elle pourrait être affranchie de la puissance du diable. Elle trouva un prêtre sage et dévot, qui lui conseilla d'aller trouver le père Henri, directeur de la confrérie du saint Rosaire, du couvent de Saint-Dominique, pour s'y faire enrôler et se confesser. Elle le demanda et, au lieu du Père, elle trouva le diable, sous la figure d'un religieux, qui la reprit sévèrement et lui dit qu'elle n'avait plus de grâces à espérer de Dieu, ni de moyen de révoquer ce qu'elle avait signé, ce qui l'affligea fort. Mais elle ne perdit pas toute espérance en la miséricorde de Dieu, elle retourna encore chercher le Père et elle trouva encore le diable, qui la rebuta comme auparavant. Elle retourna pour la troisième fois et elle trouva par la permission divine le père Henri qu'elle cherchait, qui la reçut charitablement, l'exhorta à se confier en la bonté de Dieu et à faire une bonne confession; il la reçut dans la confrérie et lui ordonna de réciter souvent le Rosaire. Un jour, pendant la Messe que le Père célébrait pour elle, la sainte Vierge força le diable de lui rendre la cédule qu'elle avait signée; et ainsi elle fut délivrée par l'autorité de Marie et la dévotion du saint Rosaire.

37 Rose 110. Un seigneur qui avait plusieurs enfants mit une de ses filles dans un monastère entièrement déréglé, où les religieuses ne respiraient que la vanité et les plaisirs. Le confesseur, homme fervent et dévot au saint Rosaire, désirant d'abord conduire cette jeune religieuse dans les pratiques d'une meilleure vie, lui ordonna de réciter tous les jours le Rosaire en l'honneur de la sainte Vierge, méditant la vie, la passion et la gloire de Jésus-Christ Elle agréa fort cette dévotion; peu à peu elle eut du dégoût du dérèglement de ses soeurs; elle commença à aimer le silence et l'oraison, malgré les mépris et les railleries des autres, qui la traitaient de bigote. En ce temps-là, un saint abbé, étant allé faire la visite dans ce monastère, eut une étrange vision, en son oraison; il lui sembla voir une religieuse dans sa chambre en oraison, devant une grande dame d'une beauté admirable, accompagnée d'une troupe d'anges, lesquels à coup de dards enflammés chassaient une multitude de démons qui voulaient entrer. Et ces esprits malins s'enfuyaient aux chambres des autres religieuses, sous la figure de sales animaux, pour les exciter au péché auquel plusieurs donnaient entrée. L'abbé connut, par cette vision, l'état malheureux de ce monastère et pensa mourir de tristesse; il fit venir la jeune religieuse et l'exhorta à la persévérance. En faisant réflexion sur l'excellence du Rosaire, il prit dessein de réformer ces religieuses par cette dévotion. Il acheta de beaux rosaires qu'il donna à toutes les religieuses, les persuadant de le réciter tous les jours et leur promit, si elles voulaient bien le faire, de ne les contraindre jamais de se réformer. Elles reçurent agréablement ces rosaires et promirent de les réciter à cette condition. (Chose admirable!) Peu à peu elles quittèrent leurs vanités, se portèrent au silence et à la récollection, et en moins d'un an, elles demandèrent toutes la réforme. Le Rosaire opéra plus sur leurs coeurs que l'abbé n'aurait pu gagner par ses exhortations et son autorité.

38 Rose 111. Une comtesse d'Espagne, ayant été instruite dans la dévotion du saint Rosaire par saint Dominique, le disait tous les jours avec des avancements merveilleux dans la vertu. Comme elle ne respirait que la perfection, elle demanda un jour à un prélat et fameux prédicateur quelques pratiques de perfection. Ce prélat lui dit qu'il fallait, auparavant, lui déclarer l'état de son âme et ses exercices de piété; elle lui dit que le principal était le Rosaire, qu'elle récitait tous les jours, méditant les mystères joyeux, douloureux et glorieux avec un grand profit spirituel de son âme. L'évêque, ravi d'entendre expliquer les rares instructions qui sont renfermées dans les mystères, lui dit: "Il y a vingt ans que je suis docteur en théologie, j'ai lu quantité d'excellentes pratiques de dévotion; mais je n'en ai pas connu de plus fructueuse ni de plus conforme au christianisme. Je veux vous imiter, je prêcherai le Rosaire". Il le fit avec un si heureux succès, qu'à peut de temps il vit un très grand changement de moeurs en son diocèse, plusieurs conversions, restitutions et réconciliations; les débauches, le jeu, le luxe cessèrent; la paix dans les familles, la dévotion et la charité commencèrent à fleurir. Changement d'autant plus admirable que cet évêque avait beaucoup travaillé à réformer son diocèse avec très peu de fruit. Pour mieux persuader la dévotion du Rosaire, il en portait un beau à son côté et le montrait à ses auditeurs. Il disait: "Sachez, mes frères, que le Rosaire de la sainte Vierge est si excellent, que moi, qui suis votre évêque, docteur en théologie, en l'un et l'autre droit, je fais gloire de le porter toujours comme la plus illustre marque de mon épiscopat et doctorat".

39 Rose 112. Un recteur d'une paroisse de Danemark racontait souvent, à la plus grande gloire de Dieu et avec une grande joie de son âme, qu'il avait vu un pareil fruit de la dévotion du Rosaire dans sa paroisse, que cet évêque dans son diocèse. "J'avais, disait-il, prêché toutes les matières les plus pressantes et les plus fructueuses, sans aucun profit; je ne voyais aucun amendement dans ma paroisse; enfin je fis résolution de prêcher le saint Rosaire, j'en expliquai l'excellence et sa pratique, et je proteste qu'après avoir fait goûter cette dévotion à mon peuple, je vis un changement évident dans six mois. Tant il est véritable que cette divine prière a une onction toute divine pour toucher les coeurs et leur inspirer l'horreur du péché et l'amour de la vertu". La sainte Vierge dit un jour au bienheureux Alain: "Comme Dieu a choisi le salut angélique pour l'Incarnation de son Verbe et la Rédemption des hommes, ainsi, ceux qui désirent réformer les moeurs des peuples et les régénérer en Jésus- Christ me doivent honorer et saluer par le même salut. Je suis, ajoute-t-elle, la voie par laquelle Dieu est venu aux hommes et il faut qu'après Jésus-Christ ils obtiennent la grâce et les vertus par mon moyen".

113. Pour moi, qui écris, j'ai appris, par ma propre expérience, la force de cette prière pour convertir les coeurs les plus endurcis. J'en ai trouvé sur lesquels toutes les plus terribles vérités prêchées dans une mission n'avaient fait aucune impression et qui, pour avoir, par mon conseil, pris la pratique de réciter tous les jours le Rosaire, se sont convertis et donnés tout à Dieu. J'ai vu une infinie différence entre les moeurs des peuples des paroisses où j'avais fait des missions, parce que les uns, ayant quitté la pratique du chapelet et du Rosaire, étaient retombés dans leurs péchés; et les autres, pour l'avoir conservée, s'étaient conservés dans la grâce de Dieu et augmentaient tous les jours dans la vertu.

40 Rose 114. Le bienheureux Alain de la Roche, le Père Jean Dumont, le Père Thomas, les chroniques de saint Dominique et d'autres auteurs qui ont été souvent témoins oculaires, rapportent d'une grande quantité de conversions miraculeuses de pécheurs et pécheresses, qui, depuis 20, 30 et 40 ans étaient dans les derniers désordres, que rien n'avait pu les convertir et qui l'ont été par cette dévotion merveilleuse. Je ne les rapporterai point, de peur d'une trop grande longueur. Je ne veux pas même rapporter celles que j'ai vues moi- même, de mes propres yeux; je les passe sous silence pour plusieurs raisons. Cher lecteur, par votre expérience, si vous pratiquez et prêchez cette dévotion, vous en apprendrez plus qu'en aucun livre et vous expérimenterez heureusement l'effet des promesses qu'a faites la sainte Vierge à saint Dominique, au bienheureux Alain de la Roche et à ceux qui font fleurir cette dévotion qui lui est si agréable, qui instruit les peuples des vertus de son Fils et des siennes, porte à l'oraison mentale, à l'imitation de Jésus-Christ, à la fréquentation des sacrements, à la pratique solide des vertus, et de toutes sortes de bonnes oeuvres, à gagner tant de belles indulgences que les peuples ignorent parce que les prédicateurs de cette dévotion n'en parlent quasi jamais et se contentent de faire un sermon du Rosaire, à la mode, bien souvent qui ne cause que de l'admiration, point d'instruction.

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Commentaires (1)

1. Marc Emilien COLY 10/02/2010

Je vais apprendre à réciter le soraire, que vos prières m'y aident. Merci

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