Louange en l'Honneur de la Sainte Croix de Saint Bonaventure

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Sainte Croix d'Avançon

Chapelle du Précieux Sang

Sanctuaire Notre-Dame du Laus

 

 

Louange en l'Honneur de la Sainte Croix

 

"Souvenez-vous de la Croix sainte, ô vous qui menez une vie parfaite, trouvez-y en tout temps votre bonheur.

Souvenez-vous de la Croix sainte ; qu'elle soit l'objet de vos méditations sans jamais vous en lasser.

Demeurez sur la Croix avec Jésus, votre Maître, tant que vous êtes en cette vie, sans jamais hésiter un instant.

Ne ralentissez point votre course, ne vous laissez point aller à la tiédeur, mais, au contraire, croissez en l'amour de la Croix, et que votre coeur s'embrase de son désir.

Aimez la Croix : c'est la lumière du monde, et Jésus-Christ sera votre guide durant les siècles éternels.

Environnez votre corps de la Croix ; unissez-le à la Croix d'une manière inséparable, et que votre main en imprime partout la trace.

Que votre coeur soit sur la Croix ; que la Croix soit en votre coeur ; qu'elle le trouve sans aucune tache et qu'elle y fasse régner la paix.

Que votre langue devienne une croix ; qu'elle enseigne et célèbre la Croix sans jamais se fatiguer.

Que la Croix soit en votre coeur, qu'elle soit en votre bouche ; qu'elle vous fasse goûter sa douceur et vous pénètre de sa suavité.

Que la Croix règne sur vos membres, et qu'en vous l'homme ne possède rien où son empire ne soit établi.

Que la Croix absorbe tout votre coeur ; qu'il soit ravi en elle par un incendie d'amour.

Que les combats de la chair disparaissent ; que votre âme soit crucifiée tout entière dans les délices de l'esprit.

Portez un amour spécial, rendez un hommage singulier à la Croix d'où vous vient le salut. Efforcez-vous de l'aimer de toute l'ardeur de votre âme, de toute la puissance de vos forces.

Que cette Croix glorieuse soit l'objet de vos études ; faites-en le lieu de votre demeure avec une joie sans limites.

Avec Jésus, soyez attaché à la Croix, afin que vous puissiez ainsi parvenir avec lui dans les Cieux.

Cherchez la Croix, cherchez les clous, cherchez les mains et les pieds qu'ils ont transpercés, cherchez l'ouverture du côté de Jésus.

Et là, réjouissez-vous; là, faites entendre sans réserve et autant qu'il sera en vous les accents d'une allégresse et d'une louange suprêmes.

Voici une alliance qui doit être inébranlable : que la Croix précède chacun de vos actes, et ils vous seront toujours profitables.

La Croix est un remède excellent contre les traits de démon, un remède vraiment salutaire.

Soyez tout en la Croix de Jésus, avec un dévouement sans limites, avec des accents de bonheur.

La Croix défend le serviteur de Dieu ; elle le prend par la main et lui montre la voie qui conduit à la vie.

Lorsque la tentation et les chagrins viendront fondre sur vous ; lorsque vous serez abandonné, presque vaincu, et en proie à toutes les angoisses, oh ! alors, empressez-vous, hâtez-vous avec un soin pieux de fortifier votre front du signe de la croix.

Durant votre repos, au milieu du travail, dans l'allégresse et dans les larmes, dans la douleur et dans la joie ; que vous alliez, que vous veniez ; dans les consolations et les peines, que la Croix soit en votre coeur.

Au milieu des tribulations de tout genre, dans l'affliction et les calamités, la Croix est un remède souverain.

Dans les peines et les tourments, la Croix est la douceur qui récrée l'âme pieuse ; elle est son refuge assuré.

La Croix est la porte du ciel. Les saints ont mis en elle leur confiance, et ils ont été partout vainqueurs.

La Croix est la médecine du monde ; c'est par elle que la bonté divine a opéré des merveilles.

La Croix est le salut des âmes ; elle est la lumière véritable et brillante, le baume qui réjouit les coeurs.

La Croix est la vie des bienheureux ; elle est le trésor des parfaits ; elle est leur gloire et leur félicité.

La Croix est le miroir de la vertu ; elle est le guide glorieux du salut et toute l'espérance des fidèles.

La Croix est l'étendard d'honneur des élus ; elle est leur consolation et tout leur désir.

La Croix est un vaisseau; elle est un port ; elle est un jardin de délices, où tout fleurit avec éclat.

La Croix est une armure impénétrable ; elle est un rempart assuré contre lequel le démon voit se briser ses efforts.

La Croix est un arbre magnifique, arrosé par le sang de Jésus-Christ, et abondant en fruits de toute espèce.

C'est par là que l'âme s'arrache de l'abîme, qu'elle se nourrit des célestes aliments dont jouissent les habitants de la patrie.

Oh! quel sera votre bonheur si, dès maintenant et durant votre vie mortelle, vous dirigez toutes vos pensées vers la Croix !

Oui ! vous serez heureux sans fin, vous qui courez à la recherche de la Croix sainte, si la persévérance couronne vos efforts.

Cherchez donc la Croix ; portez la Croix ; contemplez la Croix de Jésus-Christ jusqu'à languir d'amour.

Regardez la Croix avec une foi profonde; mettez en elle une confiance sans limites, tant que vous demeurerez en cette vie.

Faites de la Croix l'occupation de vos pensées ; efforcez-vous de lui plaire en votre âme et de la porter en votre coeur.

C'est un travail salutaire de consacrer à la Croix son coeur, sa bouche et ses oeuvres.

Sept fois, durant le jour, souvenez-vous, mon frère bien-aimé, de la Passion du Seigneur.

C'est par elle que nous avons été délivrés ; par elle que la vie éternelle nous est donnée, et que nous jouissons de la céleste lumière.

Si vous l'aimez, si vous la vénérez, offrez-lui vos hommages avec un soin empressé à des moments déterminés.

Célébrez-la au milieu de la nuit, au lever du soleil, à la troisième, à la sixième et à la neuvième heure du jour ; célébrez-la le soir et avant votre sommeil.

Célébrez-la assis, debout, couché, dans le silence et dans vos entretiens, et lorsque, fatigué, vous goûtez les douceurs du repos.

Cherchez Jésus en qui se trouve votre espérance ; portez-le, crucifié en votre coeur, en quelque lieu que vous soyez. Reposez avec empressement votre esprit sur Jésus-Christ souffrant, et compatissez à ses douleurs.

O chrétien! pleurez la mort de Jésus ; pleurez-la le soir et le matin, et que votre bonheur réside en vos larmes.

Combien le Roi des cieux s'est humilié ! Combien il s'est abaissé afin de sauver le monde !

Il a enduré et la soif et la faim ; il a vécu dans la misère et dans les privations, et il est mort sur un gibet.

Souvenez-vous de sa pauvreté, de ses abaissements profonds et de son effroyable supplice.

Si vous voulez faire usage de votre raison, rappelez-vous ce supplice, rappelez vous et l'absinthe et le fiel.

Lorsque celui qui est infini fut conduit et suspendu à la Croix, en ce moment ses Disciples prirent la fuite.

On perça ses pieds et ses mains ; on l'abreuva de vinaigre ; et il était le Roi suprême des siècles !

Ses yeux, qui répandent le bonheur, se sont obscurcis sur la Croix, et son visage s'est couvert d'une pilleur effrayante.

Aucune beauté ne demeura en son corps nu et dépouillé, et tout éclat disparut.

C'est à cause des péchés des hommes que sa chair fut déchirée au milieu des horreurs de la flagellation.

Ses membres se roidirent au milieu de tourments effroyables et des blessures profondes dont ils furent couverts.

En proie à des douleurs cruelles, sur la Croix il pleura et il rendit l'esprit.

Pleurons aussi et soupirons ; pleurons du fond de notre coeur, comme on pleure sur un fils unique.

O vous qui entendez ces choses, gémissez amèrement et mêlez à ces douleurs les amertumes et la tristesse de votre âme.

Livrez votre corps aux angoisses, remplissez votre coeur d'affliction ; que votre esprit se brise et que votre main se repose sur les plaies sacrées de Jésus expirant.

Contemplez l'homme de douleurs ; il est le dernier des hommes, et, dans le supplice, il demeure inébranlable.

Qu'il nous soit doux, qu'il nous soit cher de mourir avec lui sur la Croix et de partager l'ignominie de ses tourments.

Lorsque vous êtes plongé dans l'affliction, lorsque la désolation vous assiège et que, vaincu, vous vous sentez presque défaillir ;

Alors pensez aux douleurs de Jésus ; rappelez-vous ses peines et ses chagrins cruels, les crachats dont il fut couvert, les injures dont il fut l'objet.

O bon frère ! quoique vous fassiez, contemplez les blessures de Jésus crucifié et soyez-lui toujours compatissant.

Qu'en tout temps ces plaies soient pour votre âme comme des mets délicieux ; jouissez-en avec bonheur.

O Jésus crucifié! rendez-moi fort afin que, durant ma vie entière, je me plaise à pleurer votre mort.

Je veux être avec vous couvert de blessures ; je désire, dans l'ardeur de mon âme, vous embrasser sur la Croix.

Répandez en moi la douleur, comme la rosée du matin, afin que je pleure sur vous, ô Jésus mon rédempteur, afin que vous renaissiez en mon coeur.

Non, vous ne me cacherez pas ces cicatrices bienheureuses, ces cicatrices qui sont à vous à tant de titres ; mais vous me les montrerez avec amour existantes en vous-même.

Que tout ce que je viens d'exprimer soit à l'honneur de Jésus crucifié ; qu'il soit à sa louange et à sa gloire ;

Afin que ce roi triomphant des cieux daigne m'accorder le pardon des fautes dont mon coeur est souillé.

Ainsi soit-il."

 

D'après "Oeuvres Spirituelles de St Bonaventure" 

(6 volumes), chapitre "Louanges", traduites par l'Abbé Berthaumier, Curé de Saint-Pallais

Édition Louis Vivès (1868).


 

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